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PARENT

Chez les Parent,

des triplés se marient le même jour

La naissance de triplés constituait un événement rarisime en Nouvelle-France, et on devait en parler longtemps dans les chaumières. Les bébés survivaient rarement. Ainsi, en 1729, des triplés naissaient au couple François Dizy dit Montplaisir et Geneviève Brisset, de Champlain; elles décédèrent le même jour; l'année précédente, l'infortuné ménage avait conduit au cimetière deux jumeaux de sexe indéterminé. En 1697, Guillaume Pagé dit Quercy et Élisabeth Letarte, de Québec, avaient été les parents de triplés; deux devaient décéder au berceau, mais l'autre fonda un foyer en 1727 avec Nicolas Boisseau.

Le cas du couple Pierre Parent/Jeanne Badeau, de Beauport, est remarquable: non seulement leurs triplés, Joseph, Jean et Étienne, ont-ils survécu jusqu'à l'âge adulte, mais ils se marièrent le même jour! Et deux des épousées étaient soeurs! Fait sans doute unique dans nos annales.

Pierre Parent (ou Parant), fils d'André et de Marie Coudré, était originaire de Mortagne-sur-Gironde, ancienne province de Saintonge. C'est de nos jours une commune de Charente-Maritime, arrondissement de Saintes, située sur le bords de l'estuaire de la Gironde, à quelque 30 km au sud-est de Royan. Le 9 février 1654, à Beauport, il épousait Jeanne Badeau, fille de Jacques et d'Anne Ardouin. Pierre était maître boucher, et c'est surtout en cette qualité qu'on retrouve dans les documents notariés, même si les j.suites lui avaient octoyé une concession dans leur seigneurie de Notre-Dame-des-Anges. Dès 1662, le gouverneur d'Avaugour l'autorisa à exploiter un commerce de boucherie à Québec.

Le couple Parent/Badeau fut extraordinairement prolifique, surtout si l'on tient compte de la progéniture de ses enfants. Il eut 18 garçons et filles, dont pas moins de 15 fondèrent à leur tour des foyers et eurent des ribambelles de petits. Aussi devons-nous renoncer à des commentaires et nous limiter à citer les unions: prénoms, année, nom du conjoint ou de la conjointe, mention des parents de celle-ci et nombres des enfants issus de chaque mariage, une compilation des données que contiennent les dictionnaires généalogiques.

Onze fils du couple Parent/Badeau contractèrent en tout 16 mariages:

Jacques (1677) avec Louise Chevalier, fille de René et de Jeanne Langlois (13 enfants dont 7 fils), puis (1705) avec Marie Bélanger, fille de Nicolas et de Marie de Rainville et veuve d'Ignace Choret (5 enfants dont 2 fils, enfin (1719) avec Marie-Madeleine Hupé, fille de Michel et de Madeleine Roussin et veuve de Louis Bédard (sans prostérité). Pierre (1683) avec Marguerite Baugis, fille de Michel et de Madeleine Dubois (11 enfants dont 7 fils). André (1692) avec Marguerite Côté, fille de Martin et de Suzanne Pagé (4 enfants dont 2 fils). Jean-François (1687) avec Marie Vallée, fille de Pierre et de Thérèse Leblanc (11 enfants dont 9 fils), puis (1721) avec Anne Duquet, fille de Pierre et d'Anne Lamarre et veuve de Jean Thomas (sans progéniture). Joseph (1690) avec Marie-Madeleine Maret, fille de Jacques et de Marie Pagé (9 enfants dont 5 fils). Michel (1692) avec Jeanne Chevalier, fille de René et de Jeanne Langlois (13 enfants dont 7 fils).

Viennent ensuite les triplés: Joseph (1696) avec Marie Bélanger, soeur de la deuxième épouse de Jacques, qui portait le même prénom (10 enfants dont 5 fils); Jean (1696) avec Marie-Françoise Bélanger, soeur des précédentes (14 enfants dont 6 fils) et Étienne (1696) avec Marie-Louise Chevalier, fille de René et de Jeanne Langlois (12 enfants dont 7 fils), puis (1727) avec Geneviève Trudel, fille de Nicolas et de Barbe Letarte (8 enfants dont 5 fils). L'abb. Étienne Boullard, curé de Beauport, célébra les trois unions et l'intendant Bochart de Champigny y assista. Charles épousa (1699) Marie-Anne Duprac, fille de Jean-Robert et de Marguerite Vachon (12 enfants dont 8 fils). Enfin, Antoine choisit pour compagne (1708) Barbe Trudel, fille de Nicolas et de Barbe Letarte (5 enfants dont 2 fils), puis (1720) Charlotte Vachon, fille de Vincent et de Louise Cadieux (5 enfants dont 4 fils).

Si on fait le compte, on constate que les fils de l'ancêtre Pierre lui donnèrent près de 120 petits-enfants, dont près d'une quarantaine de petits-fils qui ont à leur tour fondé des foyers!

Nous ne saurions passer sous silence deux autres souches de nos familles Parent. À Montréal, en 1688, Mathurin Parent, fils de Thomas et de Marie Marné, un maître charpentier originaire de La Guerche, conduisait à l'autel Jeanne Boucher, fille de François et d'Anne Lépine. Le couple eut neuf enfants tous nés à Montréal, sauf la benjamine, qui vit le jour au Détroit. Cinq étaient des fils qui se marièrent: Charles (1715) avec Marie Cecire, fille de Claude et de Marguerite Léger; Guillaume (1720) avec Françoise Roy, fille de François et de Marie Cecire, Étiene Joseph (1721) avec Marguerite Vinet, fille de François et de Marie-Angélique André, Jean-Baptiste (1723) avec Madeleine Moison, et Pierre (1723) avec Marie-Anne Séguin, fille de Jacques et de Marie Badel. Ils s'établirent à Lachine, à Montréal et à la Pointe-Claire.

Troisième souche, Michel Parent dit Parisien. Coincidence: alors que Pierre , nous l'avons mentionné, était maître boucher, Michel nous vint de la paroisse parisienne de Saint-Jacques-la-Boucherie. Fils d'Antoine et de Marguerite Lehongre, il épousa aux Trois-Rivières, en 1692, Marie-Anne Benoît, fille de Gabriel et de Marie-Anne Guédon.

Il décéda en 1708, laissant 5 enfants, des fils. Jean-Baptiste conduisit à l'autel (1713) Marie-Jeanne Guay, fille de Jean-Baptiste et de Marie-Agnès Simon. Joseph épousa (1721) Élisabeth Lomax, fille de Nataniel et de Délivrance Clark; c'était une anglaise que les Abénaquis avaient faite prisonnière en Nouvelle-Angleterre et qui leur avait été rachetée par Étienne Robert, garde-magasin du Roi à Montréal. Pierre choisit pour compagne (1723) Marie-Catherine James, fille de Guillaume et de Catherimne Limousin; elle était domestique chez le célèbre médecin et naturaliste Michel Sarrazin. Laurent contracta deux unions au Détroit, (1731) avec Marie-Josèphe Dauzé, fille de Pierre et de Marguerite Guignard, puis (1734) avec Jeanne Cardinal, fille de Jacques et de Jeanne Duguay.

On peut toujours admirer, à Paris, la belle tour de Saint-Jacques-la-Boucherie. L'église fut démolie en 1797.